[Îlot Vinci] La fin est proche

Je vous propose aujourd’hui de faire une rétrospective de l’histoire de ce morceau de ville qui est en train de disparaître ainsi que son quartier …

Il sortit de terre à l’aube du XXème siècle avec l’avènement du chemin de fer à Tours, il faut dire que la proximité de l’Embarcadère (ancêtre de la gare) y fut sûrement pour beaucoup dans son développement. Il se composait principalement d’hôtels.

L’Embarcadère

Cette gare, desservie par 3 lignes (Paris, Bordeaux & Nantes), était située le long du boulevard Heurteloup et non en retrait comme aujourd’hui (à l’emplacement de la place du Général Leclerc).

Plan de l’embarcadère

La proximité de ce pôle détermina le nom des rues avoisinantes : rue de Nantes, rue de Bordeaux (ex-Dolve), rue de Paris (actuelle rue Edouard Vaillant) ou bien encore la rue de la Vendée !
Juste à côté de l’Embarcadère, inauguré le 26 mars 1846 et appartenant à la compagnie Tours-Orléans, un nouvel édifice fut construit en 1875 et il abritait les lignes des Sables d’Olonne, Loudun & Châteauroux, la seule différence est qu’il appartenait à la compagnie de la Vendée : elles étaient toutes les deux en « cul-de-sac ».
Mais la 2nd sera rachetée par l’Etat 3 ans après son édification et en 1895 l’on prit les décisions de regrouper les 2 en une seule : l’actuelle gare que nous connaissons de Victor Laloux.
L’embarcadère au 1er plan en cours de destruction et au 2nd plan la nouvelle
gare en construction.

Mais revenons à l’îlot se trouvant à droite de ces images, il ne connut quasiment aucune modification depuis sa construction si ce n’est le rabotage du bâtiment « Tissus Vinci » vers 1985/6, car avant la rue Charles Gille n’aboutissait pas sur la place de la gare mais dans la rue Blaise Pascal, à une époque où la rue de Bordeaux était encore traversée par les voitures.
On distingue très bien sur ces vues l’ancienne forme de l’îlot :
Dans les années 10 :

L’îlot sur un plan de 1898, la rue Charles Gille n’est pas encore
percée entre Grammont et Michelet.


Puis 60 :

Juin 1969

Juin 1961

En arrière plan, le Sanitas sortant tout juste de terre
Sa démolition est une question récurrente dans la politique urbanistique de la ville de Tours, après les grosses destructions de juin 1940 faites par la 2nd guerre mondiale quelques urbanistes ingénieux voulurent redessiner notre ville.
On peut citer parmi eux Jean Dorian qui proposa un projet grandiose : reconstruire les zones endommagées ou totalement détruites (le haut de la rue Nationale principalement) et de redessiner entièrement la ville et même l’agglomération. Mais les habitants ne pouvaient accepter que l’on détruise volontairement des bâtiments alors que la crise du logement touchait de plein fouet la France, on décida petit à petit la simplification des plans pour finalement décider de ne reconstruire que la partie sinistrée de la rue Nationale.

Déjà en 1919, la société de chemin de fer envisagea de déplacer la gare à Beaujardin et la gare de Tours ne seraient plus une gare cul-de-sac et elle serait directement reliée à celle de Saint-Pierre-des-Corps.

L’emplacement libéré par les emprises de la gare que nous connaissons permettrait la construction de nouveaux quartiers sur plus de 73 hectares : cela aurait sûrement entraîné la destruction de l’îlot.

L’emplacement de la gare avec un hôtel de luxe à la place

Puis dans les années 60/70 c’est le projet, qui n’aboutira jamais, du prolongement du boulevard de Lattre de Tassigny vers la gare qui risqua de détruire l’îlot :

L’îlot en 2006

Et c’est maintenant le tramway qui cette fois-ci signera définitivement l’arrêt de mort de ce morceau de ville, en effet une station de tram sera construite à l’emplacement de la partie Est de l’îlot cela entraîne donc la destruction du bâtiment « Tissus Vinci », du bar « La Consigne », l’hôtel « Terminus » & « Français », l’auto-école « Taxis Radio » ainsi que le salon de coiffure.

A la mi-août les permis de destruction sont apparus sur les 5 immeubles
concernées

Tous ces derniers sont fermés (et ont déménagé) si ce n’est les 2 hôtels qui continuent leur activité, ils sont également tous les 2 en justice contre le Sitcat car ils estiment que l’indemnisation proposée par ce dernier ne comprend pas les travaux effectués ces dernières années. Cela fait donc au total 5 bâtiments à abattre pour le compte du Sitcat.

Progressivement les commerçants désertent les lieux

La station de tram qui sera construite à la place de ces bâtiments sera la plus importante du tracé et elle aura la particularité d’être « quai-à-quai », il suffira de faire quelques mètres pour prendre son train en descendant du tram et vice versa.

Mais pas seulement, un projet connexe est également en cours d’étude et il consiste à la construction de 2 tours : une de 30 mètres et l’autre de 54 mètres. Bien qu’il soit très controversé il y a de grandes chances qu’il sorte de terre (en même temps que le tram ?) et il redessinerait totalement les abords de la gare en décaissant l’actuelle place des Aumônes.

La démolition se déroule en 3 temps : la destruction du bâtiment Tissus Vinci qui est en cours, le front de la rue de Nantes en février / mars prochain et les 5 autres bâtiments (« Au Martin Bleu », « Brasserie des Eaux Vives », « Hôtel Asteries » & « Summum ») concernés par la construction des 2 tours mais dans un horizon plus lointain.

Jaune : en cours de destruction ; rouge : février/mars 2012 & vert : dans
le cadre du projet connexe 

On peut donc imaginer les alentours de la gare comme cela en 2013 :
http://www.tram-tours.fr/include/SIT_TRAM/panorama_sitcat/006_Gare/

Voilà, nous avons revécu à travers les temps l’histoire de cet îlot qui sera définitivement rayé de la carte dans quelques mois …

R.I.P

Crédit photos : (c) IGN, D.R, Bing, Letramdetours, archives municipales de la ville de Tours, Nouvelle République, Tours reconstruit, Fonds Jean Meunier, Alain Gourdon, Sitcat, Cité Tram, Richez & Associés, Ivars & Ballet architectes, l’Espoir, Tours Le Train, Tours il  a 100 ans, Ministère de la Culture et de la Communication, images non contractuelles