Ligne B : la préfète inquiète pour les arbres du boulevard Béranger

La deuxième ligne de tramway fait réagir jusqu’aux plus hauts représentants de l’Etat. Pour la première fois, la préfète d’Indre-et-Loire émet des réserves sur la faisabilité du projet tel qu’il est actuellement présenté. Elle exprime très clairement sa position dans un courrier daté du mois dernier. Nous l’avons consulté.

Jamais une ligne de tramway n’aura fait couler autant d’encres. Restée jusqu’à présent discrète sur le sujet, la préfète du département, Marie Lajus, entend désormais peser dans le débat qui entoure le passage de la future ligne de tramway par le boulevard Béranger. Dans un courrier adressé en avril dernier au président du Syndicat des Mobilités de Touraine (SMT), Wilfried Schwartz, elle fait part de ses inquiétudes quant à la conformité du projet avec les différents règlements de préservation en vigueur. Selon elle, la destruction des arbres de l’alignement extérieur – telle que prévue aujourd’hui – n’est pas envisageable. Elle rejoint ainsi les arguments défendus de longue date par l’ASPAAT et fait suite à plusieurs analyses racinaires aux conclusions alarmantes.

Les adhérents de l’ASPAAT se mobilisent pour la préservation du boulevard Béranger

Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur pris à témoin

Pour appuyer ses propos, elle s’intéresse tout particulièrement aux Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP) de la Ville de Tours. Ce document – partie intégrante du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) modifié en 2016 – fait l’objet d’échanges réguliers entre les services de l’Etat et ceux des collectivités locales. Dans la partie dédiée aux boulevards Béranger et Heurteloup, il affiche l’objectif de “retrouver la vocation de promenade urbaine ombragée et de lui redonner un caractère unitaire” (p.61). Ce qui suppose des contraintes dans les aménagements réalisés dans le cadre de la deuxième ligne de tramway.

Marie Lajus est préfète d’Indre-et-Loire depuis août 2020 (photo JLoustic)

Selon la préfète, la coupe des spécimens de l’alignement extérieur “constituerait bien une atteinte à la direction donnée” par l’OAP et, par conséquent, à son caractère unitaire. De plus, elle rappelle que le règlement écrit du PSMV précise que “ces alignements […] sont protégés et doivent être entretenus suivant leur configuration existante”. Cependant, dans le cas de travaux d’aménagement, ils “peuvent être repositionnés et les essences végétales modifiées si le projet constitue une amélioration de l’espace considéré et une meilleure mise en valeur de l’environnement architectural” (article 13.3.6). Marie Lajus demande à ce que l’intérêt de ces améliorations soit démontré.

L’alignement extérieur également protégé ?

Il n’est pas rare que la compréhension de ces textes soit soumise à diverses interprétations. Si la nécessité de “préserver, renforcer ou compléter” ces rangées est clairement mentionnée, il est plus délicat de savoir si seul le mail central est concerné ou s’il s’agit de l’ensemble des arbres. En effet, le règlement graphique du PSMV – qui se présente sous la forme d’une carte – ne fait état que des platanes situés en interne. Malgré cela, la préfète pense “qu’à son sens” les plantations extérieures doivent être aussi préservées, car “elles participent à l’alignement”.

Le règlement graphique du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) ne fait état que de l’alignement central

Selon elle, leur présence ne doit rien au hasard. Les spécimens subsistants “viennent tenir les alignements intérieurs” notamment lorsque des sujets sont absents ou de petite taille. Cela est par exemple le cas devant La Poste où l’on observe une parfaite symétrie avec le boulevard Heurteloup. Leur suppression “nuirait à la perception de l’ensemble des alignements”, écrit la représentante de l’Etat.

Des recours juridiques à prévoir

Toutes ces difficultés conduisent Marie Lajus à constater que le passage du tramway par le boulevard Béranger, tel qu’il est présenté actuellement, “ne permet pas d’envisager un avis favorable de l’architecte des bâtiments de France“. Des études complémentaires sont encore en cours et un comité d’experts a été convié. Elle espère que ces travaux seront en mesure d’apporter les “meilleures garanties juridiques”. Sans quoi, la copie devra être revue. Les élus devront alors choisir entre différentes options : renoncer au projet, s’engager dans la réalisation du tronçon sud ou réétudier la faisabilité d’une desserte par le boulevard Jean Royer. Si l’option du boulevard Béranger était maintenue et que des arbres devaient être coupés, des recours sont déjà à prévoir et l’ASPAAT entend être en première ligne.

L’option d’un passage par le boulevard Jean Royer pourrait être de nouveau étudiée