Ligne B : les grands chantiers de l’été démarrent, mais la défiance demeure à Tours

Fermetures de voirie, coupes d’arbres, plan de circulation contesté et communication jugée insuffisante : à mesure que le chantier de la ligne B monte en puissance, les interrogations des riverains se multiplient. Une réunion publique organisée cette semaine a mis en lumière les nombreuses inquiétudes qui entourent encore le projet.

Voici désormais bientôt 1 an que le chantier de la 2e ligne de tramway de la métropole tourangelle est lancé. La période estivale étant toujours propice aux travaux, une accélération nette est attendue pour les jours et semaines à venir.

Le calendrier détaillé a été présenté aux riverains ce mardi 9 juin à l’école Maryse Bastié (Tours) par Valérie Dubreuil – directrice du projet pour Transamo – et Yann Beaudegel – directeur du cycle de l’eau à Tours Métropole Val de Loire. Le long de la future ligne, ce ne sont pas moins de 20 fronts de travaux qui sont actuellement ouverts.

Un nouvel ouvrage pour la rivière souterraine du boulevard Tonnellé

L’opération probablement la plus impressionnante va se dérouler sur le boulevard Tonnellé à compter de fin juin. Cet axe majeur sera fermé pour 1 an entre les rues d’Entraigues et Michel Baugé. La canalisation d’une rivière souterraine doit en effet ici être entièrement reprise. La zone de travaux progressera du sud vers le nord à raison d’un rythme d’environ 6 mètres par jour. Des difficultés ponctuelles d’accès sont à prévoir pour les riverains et les cyclistes devront mettre pied à terre.

Une opération proche a eu lieu ce printemps à l’angle du boulevard Jean Royer et de la rue Giraudeau

Le dévoiement des réseaux est presque achevé sur le boulevard Tonnellé, mais seul le carrefour entre ce dernier et la rue d’Entraigues reste à traiter. Il sera donc fermé à la circulation durant 6 mois dès la fin juin. Les réseaux d’eaux potable et pluviale, l’assainissement et le réseau de chaleur urbain sont concernés.

Les rues Michel Baugé et du Capitaine Pougnon seront elles aussi impactées, avec une fermeture à la circulation automobile jusqu’au 1er octobre 2026. Une déviation par la rue du Général Renault est mise en place. Les cheminements piétons et cyclistes sont maintenus.

Le boulevard Jean Royer bientôt intégralement en travaux

Alors que ces différentes interventions semblent avoir été plutôt bien reçues par les près de 200 participants à la réunion publique, celles concernant le boulevard Jean Royer ont été accueillies plus fraîchement. Depuis longtemps déjà, cette artère est au coeur de tensions importantes entre les riverains et les maîtres d’ouvrage.

Entre les rues Giraudeau et Desaix, les travaux de dévoiement sont déjà bien avancés sur la partie nord. Dès ce lundi, la partie sud de ce tronçon – ainsi que la zone comprise entre les rues Michel Colombe et Liberté – va entrer en phase de travaux. La circulation automobile y sera interdite.

La ligne de bus Fil Bleu n°4 va être déviée par les boulevards Richard Wagner et Winston Churchill jusqu’aux Atlantes. Une ligne numérotée 4B va voir le jour entre ce centre commercial et la place de la Liberté, via le quartier du Sanitas.

En septembre, un nouveau parking… et tous les arbres coupés

A compter du mois de septembre, la partie centrale du boulevard Jean Royer située entre les rues Desaix et Michel Colombe sera à son tour neutralisée. L’armée aura alors créé un nouvel accès sud par la rue du Général Renault. Selon la réponse de Valérie Dubreuil à une riveraine, c’est également à cette période qu’auront lieu les tant décriées coupes d’arbres sur le boulevard Jean Royer.

Il a été rappelé que, faute de place, ces spécimens ne seront pas remplacés. Seules des bandes végétalisées seront installées le long des voies de tramway. Pour les habitants, la pilule a toujours du mal à passer. Et ce, d’autant plus que – surprise – cette réunion publique a été l’occasion d’annoncer la création d’un nouveau parking de 22 places à l’angle de la rue Hoche sur un terrain cédé par l’armée. Il n’était pas indiqué dans le dossier de l’enquête publique en 2024.

Ce n’était pas prévu : un stationnement va voir le jour dès septembre boulevard Jean Royer

Ce qui laisse dire à certains qu’il est plus facile de trouver des emprises pour l’automobile que pour la nature en ville. Il est sur le point de sortir de terre : les travaux commencent le 29 juin et prendront fin début septembre. Pour la transparence, on repassera.

Plan de circulation et sécurité des cyclistes au coeur des craintes

Cette opacité est également dénoncée par certains participants au sujet du futur plan de circulation sur le boulevard Jean Royer à la mise en circulation de la ligne B, toujours annoncée pour fin 2028 au public présent. Le principe est simple : mettre en place des filtres modaux garantissant l’accès automobile à tous les riverains, mais dissuadant le trafic de transit d’emprunter le boulevard Jean Royer sur son intégralité.

Moins de trafic, de bruit et de pollution, les riverains en seront les premiers bénéficiaires. Mais, hélas, il faut bien reconnaître que l’explication trop technique proposée réunion n’a pas su convaincre. Pire, elle a fait naître plus d’interrogations qu’elle n’en a résolues.

Le futur itinéraire cyclable sur l’extrémité est du boulevard Jean Royer, entre la rue Laponneraye et la place de la Liberté, a lui de quoi inquiéter. Une importante discontinuité est annoncée sur cet axe clé. Afin de maintenir plusieurs stationnements automobiles côté sud, les cyclistes vont être contraints de rouler sur la voie de tramway, avec les automobilistes. L’aménagement envisagé est tellement dangereux que des discussions sont en cours avec le SRMTG (Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés) pour réduire les risques d’accident sur ce tronçon. Rassurant.

Les riverains de la rue de Boisdenier redoutent une hausse du trafic de transit en raison des travaux

Dans la salle, de nombreuses questions ont été posées par des personnes vivant dans les rues avoisinantes. Dès cette phase de travaux, elles redoutent à juste titre un important report de la circulation automobile devant chez elles. Les rues de Boisdenier et du Plat d’Etain sont concernées en premier lieu. Elles qui sont déjà connues pour leur dangerosité. Rappelons que 2 enfants ont été renversés dans ce secteur par le conducteur d’un camion pas plus tard que le 26 mai dernier.

La réponse pour le moins évasive du maire de Tours, Emmanuel Denis, n’a pas convaincu. Le temps que la question d’un plan de circulation à l’échelle municipale ne sera pas traitée, le problème ne cessera de se répéter. C’était justement tout l’objet du plan d’apaisement porté par l’actuelle équipe municipale. Seul hic, les grandes annonces menées à son lancement en 2024 ont désormais laissé place à une communication beaucoup plus timide.

Environ 200 personnes ont assisté à la réunion publique de ce mardi

Un dispositif d’information qui peine à convaincre

Il en faudra donc bien plus pour rassurer une partie du public présent ce mardi soir dans une salle bien pleine, mal insonorisée et à la configuration peu adaptée pour une réunion publique. Plusieurs remarques ont d’ailleurs porté sur le dispositif d’information déployé par le syndicat des mobilités de Touraine (SMT) qui, lui aussi, peine à convaincre.

Le site officiel a été amélioré récemment, des flyers sont bien distribués dans les boîtes aux lettres des riverains… Mais l’accès à l’information demeure parfois compliqué. Une citoyenne propose la création d’un fil d’information WhatsApp, sur le modèle de ce qui est fait pour le réseau cyclable Vélival, c’est un refus catégorique. Sur le terrain, la signalétique – majoritairement gérée par les concessionnaires – est souvent confuse. Le cas d’une fermeture inopinée de la rue François Richer est cité.

On se souvient alors avec nostalgie du dispositif de la 1re ligne de tramway de Tours, avec des réunions publiques beaucoup plus nombreuses, des zones de chantier clairement identifiables avec des déviations lisibles et – sans doute le plus important – une cartographie interactive en ligne délivrant une information travaux de qualité. Ce qui était possible en 2010 ne l’est visiblement plus 16 ans après.

Le lendemain de cette réunion publique, nous apprenions que le pont de l’Alouette allait être démoli lors d’une opération « coup de poing » dans la nuit du 25 au 26 juillet 2026. Contrairement à ce qui était prévu, un ouvrage neuf sera construit à la place. Certainement pas de quoi calmer la défiance qui continue d’accompagner l’arrivée de cette 2e ligne de tram.

Autre surprise : la démolition cet été du pont de l’Alouette en 1 nuit