À Tours, la campagne du second tour des municipales s’enflamme autour de la ligne B de tramway. Alors que près de 230 millions d’euros sont déjà engagés, les propositions d’abandon ou de réduction du projet soulèvent une question clé : peut-on vraiment faire marche arrière sans que cela coûte encore plus cher ?
Aussitôt les résultats du 1er tour des élections municipales et communautaires connus, la joute électorale a repris de plus belle à Tours à l’approche du 2nd tour qui aura lieu ce dimanche 22 mars.
3 candidats se font face. Emmanuel Denis (Union de la gauche) part favori avec 34,04% des voix recueillies samedi. Lundi, il a annoncé fusionner sa liste avec celle de l’insoumise Marie Quinton, arrivée 4e avec 11,46%. Ils affronteront l’ancien maire de Tours Christophe Bouchet (divers droite) qui a réalisé un score de 23,88% et Aleksandar Nikolic du Rassemblement national (11,69%).

La ligne B agite les débats
Les débats s’orientent une nouvelle fois en direction des grands projets du mandat à venir. Parmi eux, la 2e ligne de tramway prévue pour 2028 figure en bonne place. A tel point que le scrutin prend de plus en plus des airs de référendum. En y intégrant la future ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) Les Douets-Atlantes, son coût global est évalué à 495 millions d’euros.
Une somme conséquente que ne manque pas de dénoncer l’opposition. Le maire en place, Emmanuel Denis, souhaite en toute logique voir le projet aboutir en l’état. Il l’accompagne de mesures en faveur de l’élargissement de la gratuité des transports en commun et de la création d’une halte ferroviaire à Verdun dans le cadre du service express régional métropolitain (SERM) de Touraine.

L’intermodalité contrainte à l’arrêt Charcot pour aller de La Riche au centre-ville de Tours le conduit à proposer une ligne « 2 Bis » entre les 2 communes. Le problème étant tout sauf nouveau, il est dommage que cette solution n’ait pas été intégrée plus en amont afin qu’elle soit opérationnelle dès 2028.
Christophe Bouchet propose de raccourcir la ligne B au tronçon compris entre le carrefour de Verdun et l’hôpital Trousseau à Chambray-lès-Tours. Selon le candidat, les coûts seraient divisés par 2, soit environ 250 millions d’euros. 12 rames seraient nécessaires, contre les 19 prévues.
Son concurrent du Rassemblement national va plus loin. Considérant le tramway comme étant « idéologique », il propose de le remplacer par un BHNS pour une économie annoncée de 200 millions d’euros. C’est pourtant déjà ce mode de transport qui circule sur le tronçon sud de la future ligne B. Sa substitution par le tram a été décidée compte tenu de sa saturation. Un BHNS dispose en effet d’une capacité d’emport bien moindre comparée à celle du tramway.

Des économies en trompe-l’oeil ?
Mais au-delà des promesses électorales, qu’en est-il réellement ? Ces alternatives seraient-elles vraiment plus économiques ? La réponse est aussi simple que logique.
Cela ne vous aura probablement pas échappé. Le chantier de cette 2e ligne a déjà commencé depuis plusieurs mois. De nombreuses dépenses ont donc été engagées.

Sur les 495 millions d’euros prévus, le syndicat des mobilités de Touraine (SMT) annonce que des contrats d’une valeur totale de 230 millions d’euros ont été signés.
En détail, 80 millions d’euros vont au fabricant CAF pour la fourniture de 19 rames de type Urbos. A cela s’ajoutent 150 millions d’euros de marchés qui ont été engagés auprès d’une dizaine d’entreprises. Dans cette enveloppe, 70 millions d’euros sont réservés aux infrastructures (plateforme, rails…) et 5 millions d’euros iront dans l’extension de l’actuel centre de maintenance de Tours Nord.


Après des appels d’offres infructueux, les marchés pour la voirie et le réaménagement de l’espace public restent à passer. Toujours selon le SMT, le calendrier est cependant respecté.
Autant d’éléments qui laissent à penser que les économies annoncées ne seront très certainement pas au rendez-vous en cas de révision ou d’abandon du projet. Les travaux déjà réalisés ne pourront en aucun cas être remboursés. L’annulation de contrats signés et non honorés entraînerait inévitablement de lourdes pénalités pour la métropole tourangelle.
Après avoir dépensé plusieurs centaines de millions d’euros, le risque est désormais de se retrouver sans aucune nouvelle infrastructure de transport. La modification du tracé ou son remplacement par un hypothétique BHNS nécessiterait de longues années d’étude et l’annulation de la déclaration d’utilité publique obtenue en décembre 2024. Tout cela aura un coût significatif.



Qu’en pensent les autres communes concernées ?
Les candidats des 3 autres villes desservies par la future ligne B (La Riche, Joué-lès-Tours et Chambray-lès-Tours) ont très bien compris la situation. Tous voient d’un mauvais oeil l’ingérence de certains élus de Tours dans des décisions qui concernent directement leur commune.
A La Riche, le maire de l’Union de la gauche fraîchement réélu, Sébastien Clément, se félicite du consensus larichois autour du tramway. C’était d’ailleurs le principal point de convergence avec son opposant, Wilfried Schwartz, ancien président de Tours Métropole. « La Métropole ne se remettrait pas de l’abandon du projet« , relatait-il récemment.

Même constat du côté de Chambray-lès-Tours où une triangulaire aura lieu ce dimanche. Michel Lamy (divers droite), Florinne Berhouet (divers gauche, soutenue par l’actuelle maire Christian Gatard) et Murielle Riolet (Union de la gauche) plaident tous pour un terminus à La Papoterie. Et ce, malgré une contestation importante concernant la pertinence du tronçon entre ce quartier et l’hôpital Trousseau.
Enfin, à Joué-lès-Tours, le maire Frédéric Augis (divers droite) a été réélu dès le premier tour face à ses 2 opposants de gauche, Romain Fredon et Romain Vilaud. L’homme, qui est aussi président de Tours Métropole, apporte son plein soutien au projet. Son seul regret ? De ne pas être allé plus vite, confiait-il en janvier.
Initialement, cette nouvelle ligne de tram était en effet attendue pour 2025. Nous aurions alors échappé au retour de cet interminable débat, instrumentalisé à souhait dans le contexte électoral du moment.









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