Ligne B : le maire de Tours demande l’abandon du tramway vers La Riche

Le maire de Tours a pris la parole ce vendredi matin pour annoncer les résultats de la 3e étude racinaire menée sur les arbres du boulevard Béranger. Le rapport, aux conclusions une nouvelle fois alarmantes, compromet toute possibilité pour le tramway de rejoindre La Riche par cet axe. Pour la première fois, Emmanuel Denis demande l’abandon du tronçon ouest de la ligne B. Le Président de Tours Métropole Val de Loire le soutient dans cette démarche.

Rarement un document aura suscité autant de fébrilité. Pour la 3e fois en 4 ans, le docteur en arboriculture Laurent Herquin a été invité à étudier le système racinaire des alignements de platanes du boulevard Béranger. Il devait déterminer si la construction de la 2e ligne de tramway aller menacer la survie de ces arbres. Les conclusions des rapports de 2018 et de 2021 étaient déjà sans appel. “La mise en oeuvre d’un terrassement profond, quelle que soit la distance aux troncs, semble particulièrement menaçante pour la population d’arbres la plus développée sur la rangée interne”, écrivait-il à l’époque.

Sur le boulevard Béranger, lors de l’expertise racinaire de septembre 2021

Alors que la dernière expertise avait été commandée par la Ville de Tours, Tours Métropole Val de Loire a souhaité solliciter une nouvelle fois le spécialiste afin qu’il valide ou invalide ses précédents travaux. Ce fut chose faite début janvier lorsque les racines furent encore mises à nu. Sans surprise, ses résultats sont identiques. Laurent Herquin constate qu’une grande partie des spécimens serait en danger si la plateforme de tramway venait à être construite sur le boulevard Béranger. En cause, la présence des fondations des anciennes fortifications qui font que les racines charpentières se dirigent vers l’extérieur du mail dans un périmètre d’au moins 4,50 mètres.

Le mail central menacé

Ces informations ont été rapidement portées à la connaissance de Tours Métropole Val de Loire. Les relations entre les 2 collectivités n’étant pas au beau fixe, elle semble avoir tardé à les communiquer à la Ville de Tours. Ce n’est que cette semaine que son maire, Emmanuel Denis, a eu accès au rapport tant attendu. Après avoir déclaré lors du conseil municipal du 31 janvier dernier qu’il “ne laissera pas défigurer la ville, ni le mail Béranger, ni son patrimoine végétal“, il a aujourd’hui décidé de prendre publiquement la parole.

Celui qui se présente toujours comme “le premier défenseur du tram” demande à ce que le tracé vers La Riche soit abandonné. Il s’appuie sur l’analyse réalisée par Jac Boutaud, en charge du patrimoine arboré à Ville de Tours, à partir des éléments communiqués par Laurent Herquin. Il constate que “le mail central est menacé, même s’il est difficile de connaitre avec précision le nombre d’arbres en péril”.

Christophe Bouchet critiqué pour son manque de transparence

Emmanuel Denis reproche à son prédécesseur, Christophe Bouchet, d’avoir dissimulé les résultats – déjà inquiétants – de l’expertise de 2018. Cette même année, les citoyens avaient été amenés à s’exprimer sur les différentes variantes proposées dans le cadre de la concertation publique, et ce, alors que ces informations n’avaient pas été portées à leur connaissance. A l’issu de ce processus légal, la majorité des élus métropolitains avaient voté en faveur d’une ligne passant par le boulevard Béranger. Le maire de Tours demande aujourd’hui à ce que le sujet soit de nouveau débattu au sein de cette instance, dont la prochaine réunion est prévue ce lundi 28 février. Il assure avoir le soutien du Président de Tours Métropole Val de Loire, Frédéric Augis.

Image de synthèse du boulevard Béranger diffusée lors de la concertation publique

Autant de craintes qui font écho à celles portées par l’ASPAAT (Association de Sauvegarde du Patrimoine Arboré et Architectural Tourangeau) depuis plusieurs années. Ses membres redoutent que la ligne B génère une destruction du patrimoine végétal de la ville, notamment sur le mail Béranger. Déjà accompagnés par une avocate en droit public, ils se disent déterminer à aller en justice si le projet venait à se concrétiser.

Wilfried Schwartz “plutôt rassuré” par l’étude

Vous l’aurez compris, l’abandon du passage du tramway par le boulevard Béranger compromet sérieusement le tronçon ouest de la ligne B qui devait se rendre à La Riche. Et ce au plus grand dam du maire de la commune, également 9e Vice-Président de Tours Métropole Val de Loire délégué aux politiques des mobilités. Il est intéressant de relever que Wilfried Schwartz ne fait pas la même lecture de cette 3e étude racinaire.

Ce matin, il se dit “plutôt rassuré” et étudie la possibilité que la plateforme de 1,20 mètre soit surélevée pour ne pas endommager les racines. Un comité d’experts serait également convoqué avant le 15 mars afin de rendre un avis définitif. Des annonces dont prend acte son homologue tourangeau, mais qui ne le convainc pas pour autant. “Comment fera-t-on pour les sorties de garage si le tramway circule en hauteur ?”, s’interroge-t-il. De là à relancer les études de métro aérien réalisées à Tours dans les années 1960, il n’y a qu’un pas…

Vers une ligne de bus à haut niveau de service ?

Au-delà de ces problématiques, force est de constater que les 4,3 kilomètres de voies à construire entre la place Jean Jaurès et le boulevard périphérique n’ont jamais fait l’unanimité. Fin octobre 2021, un manifeste porté par des citoyens ayant oeuvré à la réalisation de la 1re ligne de tramway – dont l’auteur de ces lignes est l’un des signataires – évoquait un tracé qui n’est pas encore “mature”. Ils redoutent que la succession de 8 virages nuise à la rapidité, et donc à l’attractivité, du futur tram.

La perspective d’un tramway à La Riche s’éloigne

Le maire de Tours précise qu’il n’est cependant pas question de priver La Riche d’un service de transport en commun à la hauteur de ses besoins. A court terme, la création d’une ligne de bus à haut niveau de service sur un axe est-ouest semble être tout indiquée. Elle pourrait relier La Riche à Saint-Pierre-des-Corps en irriguant les centres-villes de ces 2 communes et de Tours, ainsi que des catalyseurs de trafic majeurs tels que la ZAC du Plessis-Botanique, l’hôpital Bretonneau, Mame, les Tanneurs, les gares SNCF et le quartier de La Rabaterie. Un excellent moyen d’apporter une solution concrète aux problèmes de mobilité actuels et de préfigurer une future ligne de tramway.

Le tram-train comme réponse aux enjeux de mobilité

De retour d’un voyage récent à Mulhouse, seule ville française équipée d’un tram-train, Emmanuel Denis souhaite poursuivre sa “révolution des mobilités” en s’engageant dans l’ambitieux projet de valorisation de l’étoile ferroviaire tourangelle. Un véritable serpent de mer de la politique locale depuis plus de 40 ans. Le contexte évoluant, il se réjouit du consensus atour de cette question. Les maires de Loches, Langeais et Montlouis-sur-Loire seraient particulièrement intéressés. “Le SEM (Service Express Métropolitain, ndlr) peut se concrétiser dans le cadre du plan Etat-Région et des contrats de réciprocité”, déclare avec enthousiasme le premier magistrat de Tours.

Début février, le maire de Tours et certains de ses adjoints ont visité la ligne de tram-train de Mulhouse

Si la priorité semble être donnée à une connexion entre la ligne A et l’axe SNCF Tours-Loches à hauteur du lycée Jean Monnet, il rappelle que La Riche pourrait également en bénéficier. En effet, il y a urgence à renforcer le service entre Notre-Dame-d’Oé et Tours. En plus de la réouverture de la gare de Fondettes/Saint-Cyr-sur-Loire, une halte ferroviaire pourrait être construite à hauteur du prieuré de Saint-Cosme, à proximité du terminus jusqu’à présent envisagé pour la ligne B. De quoi apporter une solution concrète de mobilité aux larichois qui pourraient se rendre dans le centre-ville de Tours en moins de 10 minutes. Un temps record qu’aucun tramway ne pourra égaler. Le tout à un coût moindre.

Le risque d’une remise à plat intégrale ?

En attendant, plus de 20 millions d’euros ont déjà été dépensés dans les diverses études et autres travaux préparatoires de la ligne B. “Du temps a été perdu, c’est indéniable”, constate Emmanuel Denis. Il n’est cependant pas question de faire des économies dans ce projet estimé à un demi-milliard d’euros. Il appelle à ce que la mise en chantier du tronçon sud de Chambray-lès-Tours soit faite dans les plus brefs délais. Jusqu’à l’hôpital Trousseau ou jusqu’à La Papoterie ? Le maire de Tours botte en touche, avant d’ajouter : “chacun porte son fardeau”. Il confirme également son accord pour la réalisation d’une ligne de bus à haut niveau de service qui ferait son terminus au centre commercial des Atlantes.

L’insertion du tramway, telle que projetée route de Loches à Chambray-lès-Tours

Quoi qu’il en soit, l’échéance d’une mise en service – même partielle – à l’horizon 2025/2026 semble s’éloigner. Des précisions juridiques devront bientôt être apportées de manière à savoir s’il est possible de scinder en plusieurs composantes la construction de la 2e ligne. Si cela n’est pas le cas, nous nous orienterions vers une remise à plat intégrale. De quoi occasionner plusieurs années de retard qui seraient extrêmement dommageables pour le territoire. Un calendrier qui ne sera pas décorrélé de l’agenda judiciaire. Le 14 mars prochain, Wilfried Schwartz sera de nouveau présenté aux juges. Le Président du Syndicat des Mobilités de Touraine (SMT), également Vice-Président en charge des mobilités de Tours Métropole Val de Loire, encourt jusqu’à 6 mois d’inéligibilité. Le feuilleton ne fait que commencer.

Pour découvrir l’ensemble du projet, rendez-vous sur notre page “Ligne B”.