A Tours, les mobilités au cœur de la bataille pour les élections municipales

Ce dimanche se tiendra le 1er tour des élections municipales. Dans la dernière ligne droite de la campagne, les débats s’enchaînent et les propositions s’affinent. Celles concernant les mobilités occupent une place de choix. Mais que proposent vraiment les 8 candidats tourangeaux en la matière ? Nous avons analysé leurs programmes. Entre populisme et pragmatisme, voici notre bilan.

Le rendez-vous est attendu de longue date. Le 1er tour des élections municipales et communautaires aura lieu ce dimanche 15 mars. A Tours, 8 candidats se font face. Alors que la campagne touche à sa fin, les enjeux liés à la mobilité sont omniprésents dans les débats. Et pour cause : en étant au cœur de notre quotidien, ils façonnent nos modes de vie, notre socialisation et l’aménagement de notre territoire. Rien d’étonnant donc à ce que ce sujet soit fortement politisé.

C’était déjà le cas en 2020, année où nous avons assisté à l’élection d’Emmanuel Denis en tant que maire de Tours. L’homme, à la tête d’une large coalition de gauche, a fait des transports un des principaux marqueurs de son mandat. Depuis 2023, il est d’ailleurs le Vice-président métropolitain délégué aux mobilités. Car, il faut le rappeler, c’est bien à Tours Métropole Val de Loire que l’essentiel de cette compétence s’exerce.

Le développement des modes actifs et des transports en commun fut l’un des marqueurs du mandat municipal qui s’achève

Entre le développement du réseau cyclable Vélival, du service express régional métropolitain (SERM) de Touraine et la réorientation du projet de la ligne B de tramway, la plupart des engagements semblent avoir été tenus. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte national et international où la place de la voiture – encore largement prédominante dans nos habitudes et l’espace public – tend peu à peu à être rééquilibrée au profit d’autres modes, plus écologiques, économiques et favorables à la santé.

Selon une récente enquête de la Fondation Jean Jaurès, une majorité de Français approuve ces mesures. A travers notre pays, elles sont souvent indifféremment mises en place par des exécutifs se réclamant de droite comme de gauche. Il subsiste néanmoins d’importants clivages sociaux et territoriaux.

Ces tensions, nous les retrouvons dans les programmes des 8 candidats au poste de 1er magistrat de la Ville de Tours. Si de grandes orientations semblent relativement faire consensus (renforcement des transports en commun, développement du SERM, des infrastructures piétonnes et cyclables…), les solutions pour y parvenir diffèrent grandement. Plusieurs visions de la ville se font face.

Tramway : la ligne B comme point de crispation

La 2e ligne de tramway de la métropole tourangelle illustre à merveille cette situation. Annoncée pour 2028, elle doit relier La Riche à Chambray-lès-Tours en passant par Tours et Joué-lès-Tours. Fort du succès de la ligne A, 35 000 voyages sont attendus quotidiennement. En 7 ans, la fréquentation annuelle du réseau Fil Bleu est passée de 39,8 millions à 46 millions de voyages.

Sans surprise, les listes portées par Emmanuel Denis du rassemblement de la gauche (« Tours Inspire ») et Marie Quinton de La France Insoumise (« Faire mieux pour Tours ») – tous deux membres de l’actuelle majorité municipale – souhaitent voir ce nouvel axe se concrétiser dans le respect du calendrier.

L’actuel maire de Tours veut même aller plus loin en mettant ensuite en service une ligne « 2 bis » circulant entre La Riche et Tours, et ce, sans infrastructure supplémentaire. La proposition a de quoi faire sourire. Comme nous le rappelons ici fréquemment depuis 4 ans, elle aurait dû être intégrée dès la phase amont du projet afin d’éviter une rupture de charge inutile à la station Charcot lors de la mise en service.

Une ligne « 2 bis » entre La Riche et Tours Nord va-t-elle voir le jour ? C’est ce que propose l’actuelle majorité dans son programme

Compte tenu de son coût élevé – actuellement estimée à 500 millions d’euros avec la future ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) – d’autres candidats plaident pour une version réduite. Benoist Pierre (« Changeons Tours ») – soutenu par le MoDem – propose une liaison directe entre l’hôpital Trousseau, le quartier des Fontaines et le centre-ville, évitant là aussi une rupture de charge.

Christophe Bouchet du Parti radical (« Tours pour tous ») défend une ligne limitée au carrefour de Verdun et à l’hôpital Trousseau, excluant de facto les tronçons Trousseau-La Papoterie (situé à Chambray-lès-Tours) et Liberté-La Riche. Son concurrent de droite, Henri Alfandari d’Horizons (« Naturellement Tours »), promet de réexaminer le projet et d’en réduire son coût.

Malgré les travaux de dévoiement des réseaux en cours avenue de la République à Chambray-lès-Tours, Christophe Bouchet souhaite limiter la ligne B de tram à hauteur de l’hôpital Trousseau

D’autres vont encore plus loin. Aleksandar Nikolic du Rassemblement national (« A notre Tours ») souhaite remplacer le tramway par une ligne BHNS, ce qui – selon lui – permettrait une économie d’environ 200 millions d’euros. Une proposition proche de celle formulée par l’ancien candidat Bertrand Rouzier qui défendait un trolleybus estimé « 5 à 6 fois moins cher ».

Ces promesses d’économies pourraient en réalité coûter très cher. Cela n’a échappé à personne : la première phase des travaux – consistant à dévier les réseaux souterrains – est en cours depuis 2025. La plupart des contrats ont été signés, dont celui portant sur la fourniture de 19 nouvelles rames par CAF. En cas d’annulation, de lourdes pénalités s’appliqueront.

La suspension des travaux du tramway pourrait s’accompagner d’importantes pénalités financières que la collectivité devra payer

Et c’est sans compter sur la nécessité d’attendre encore de longues années avant de voir le moindre nouveau projet sortir de terre. La ligne B actuelle est en gestation depuis 10 ans. La situation ne serait guère plus satisfaisante en cas de demi-ligne : il serait nécessaire de solliciter une nouvelle déclaration d’utilité publique.

Modes actifs : un consensus tout en nuances

Le constat était déjà valable en 2020, il l’est encore plus en 2026 : le développement de la marche et du vélo recueille l’adhésion de la plupart des candidats. Le sujet n’est plus aussi clivant que par le passé. Sur ce point, la bataille culturelle semble être en bonne voie d’être remportée.

La métropole – et particulièrement la ville de Tours – a progressé de manière assez significative au cours de ces dernières années. Notamment en matière de politique cyclable. La part modale de la petite reine est passée de 3% en 2019 à 5% en 2025. Un chiffre cependant encore éloigné de l’objectif de 10% fixé pour 2030.

A Tours, la part modale du vélo a grimpé de 2 points entre 2019 et 2025… Ce qui n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés.

Les membres de la majorité actuelle (« Tours Inspire » et « Faire mieux pour Tours ») projettent de poursuivre le développement du réseau métropolitain Vélival et d’améliorer l’accessibilité de l’espace public, notamment grâce à un schéma directeur piétons annoncé par Tours Métropole Val de Loire en août dernier.

Les ambitions semblent malgré tout avoir été quelque peu revues à la baisse. Exit toute mention du plan d’apaisementcalqué sur le modèle de Gandannoncé en grande pompe en 2024 et qui promettait de mettre fin au trafic automobile de transit dans tous les quartiers de la ville. Aucune précision non plus sur les secteurs qui pourraient être concernés par de futures piétonnisations.

La ville belge de Gand demeure une importante source d’inspiration pour apaiser l’espace public à moindre coût

Du côté de l’opposition, on déclare être globalement en accord avec ces orientations… mais en y apportant tout de même quelques nuances. « Naturellement Tours » propose de revoir certains axes comme les rues Marceau et Buffon, jugées dangereuses. « Tours pour Tours » imagine réduire l’investissement dans le réseau Vélival pour financer davantage la voirie – ce budget serait triplé – et des aménagements piétons dont la nature n’est pas précisée. La révision du plan de circulation est aussi à l’ordre du jour de la liste « Changeons Tours ».

Place de la voiture en ville : le vrai clivage politique

Développer la cyclabilité et la marchabilité implique obligatoirement de questionner la place occupée par l’automobile personnelle dans l’espace public. C’est ici que s’arrête le consensus. La réduction de son emprise au cours de ces dernières années a généré certaines tensions : suppression de stationnements,extension de la zone piétonne place du Grand Marché… A l’échelle de la ville, ces évolutions restent tout de même très localisées.

6 ans après sa fermeture au trafic automobile dans le sens nord>sud, le pont Wilson revient au cœur du débat. Christophe Bouchet et Henri Alfandari le rouvriraient immédiatement après leur élection. Aleksandar Nikolic propose de soumettre le sujet à un référendum.

Plusieurs candidats classés à droite souhaitent rouvrir le pont Wilson à la circulation automobile dans un sens, ce qui signifierait le retour d’une zone de rencontre piétons/cyclistes comme ce fut le cas jusqu’en 2020

Après un mandat de la municipalité écologiste, la voiture reste hégémonique dans nos rues, y compris dans l’hypercentre (place Jean Jaurès, Anatole France, rue des Halles, de la Scellerie…). Visiblement conscientes de la situation, les listes portées par Emmanuel Denis et Marie Quinton annoncent vouloir poursuivre cette dynamique avec de nouvelles piétonnisations en cœur de quartier et la végétalisation de plusieurs places.

Plus à droite, les propositions diffèrent. Christophe Bouchet promet de fluidifier la circulation automobile avec une resynchronisation des feux tricolores (également proposée par le Rassemblement national) tandis que Benoist Pierre aimerait négocier la gratuité de l’autoroute A10 entre Tours Nord et Chambray-lès-Tours pour détourner quotidiennement « jusqu’à 20 000 véhicules du centre-ville ».

Un élargissement de la gratuité de l’autoroute A10 à Tours ? Benoist Pierre le propose dans son programme

Comme ce dernier, Henri Alfandari refuse toute suppression de stationnement supplémentaire sans compensation. Le candidat Horizons envisage la création de 2 parkings souterrains de 400 places en centre-ville. Le Rassemblement national va encore plus loin. 800 places sont annoncées dans 2 nouveaux ouvrages situés sous la place de la Résistance et l’avenue de Grammont. Coût estimé : 24,5 millions d’euros. L’offre actuellement disponible est pourtant largement sous-occupée.

Autant de projets qui fleurent bon le XXe siècle. Le mythe du « no parking, no business« pourtant déconstruit de longue date par la science – semble encore avoir le vent en poupe auprès d’une partie de l’électorat.

La gratuité des transports au second plan

Comme ailleurs en France, nous aurions pu nous attendre à ce que la gratuité du réseau Fil Bleu soit un enjeu central de cette campagne. Finalement, le débat reste timidement limité à gauche de l’échiquier politique.

Seuls le Parti des travailleurs représenté par Claire Delore (‘Tours pour les travailleurs et les jeunes ») et Lutte ouvrière représenté par Thomas Jouhannaud (« Le camp des travailleurs ») réclament la gratuité totale. « Faire mieux pour Tours » propose de la limiter aux moins de 26 ans et aux publics les plus précaires.

La gratuité partielle du réseau Fil Bleu a été expérimentée durant 3 samedis à l’automne dernier

Dans la lignée de l’expérimentation concluante de 3 samedis gratuits à l’automne 2025, Emmanuel Denis souhaite l’élargir à l’avenir à d’autres samedis. La mesure semble s’inspirer de ce qui a été mis en place plus largement à Nantes depuis 2021 avec un libre accès au réseau chaque fin de semaine.

En matière de transports en commun, sont également à noter la proposition de Marie Quinton pour renforcer l’offre de bus de nuit, celle de Christophe Bouchet pour une navette automatisée entre les gares de Tours et de Saint-Pierre-des-Corps ainsi que la volonté d’Henri Alfandari d’anticiper la fin des bus au biogaz à l’horizon 2030. De nouveaux exemplaires neufs sont pourtant attendus pour cette année.

1 ville, mais plusieurs approches

A travers toutes ces propositions, plusieurs approches politiques s’opposent. D’un côté, une vision privilégiant la transformation de la ville avec davantage de végétalisation, de place accordée aux piétons, aux cyclistes et aux transports collectifs. De l’autre, une recherche de fluidité pour la circulation automobile, davantage de stationnements et la remise en cause de la ligne B de tramway.

Entre les 2, certains candidats tentent – avec plus ou moins d’agilité – d’accompagner l’essor des modes actifs tout en cherchant à limiter leur impact sur l’automobile personnelle. L’espace public tourangeau n’étant pas illimité et encore largement dominé par la voiture, cela semble davantage relever de l’utopie que de mesures concrètes visant à proposer des solutions de mobilité bonnes pour l’environnement, le portefeuille et notre santé.

Quelle tendance l’emportera dans les urnes ? Pour le savoir, rendez-vous les dimanches 15 et 22 mars pour suivre les résultats de ce scrutin.